Semaine du Bien Aller

Cette semaine, c’est la « Revue de Collection ». C’est notre petit nom à nous pour l’essayage général de la collection. Ca va défiler !

Les validations de l’entrée de saison été 18 sont terminées, les protos sont tous arrivés, plus ou moins conformes, et maintenant il est grand temps de rentrer dans le vif du sujet, les essayages.

Ce moment magique ou la création rejoint la réalité, ou pas.

Je programme donc notre « revue de collection » soit un essayage général de tous les protos. L’objectif de cette réunion est de voir porter tous les vêtements afin de vérifier le « bien aller », la matière, le style et d’y apporter les corrections, si nécessaire.

Sont présents: la responsable qualité, les chefs de produits, leurs assistantes,  les stylistes, les modélistes (personne en charge de la mise au point des produits) et bien entendu, le mannequin cabine.

Le mannequin cabine doit être aux dimensions parfaites, nous avons donc fait appel à Bar Raphaeli

… Je plaisante !

En fait notre mannequin doit avoir les dimensions parfaites… de nos clientes types. Donc taille 38.

Mannequin cabine, c’est un vrai métier. Les filles nous donnent le ressenti au porter du vêtement, les gênes observées, à modifier. C’est très important car les modélistes doivent corriger de visu les anomalies visibles, modifier le barème de mesure.

Cette séance général d’essayage ce produit 2 fois par saison, c’est le premier et logiquement le seul essayage auquel les stylistes assistent pour faire leurs commentaires et préconisations.

Cela leur permet également de juger du fit (bien aller ) et du rendu de leurs créations… autant vous dire que c’est parfois tendu. Par la suite les essayages des protos rectifiés se déroulent en petit comité ( modéliste, mannequin et assistante)

Nous démarrons donc cette séance par un petit café avec 30 mns de retard ( la notion du temps toujours et encore…) et nous nous installons toutes autour d’une grande table avec le mannequin en face de nous, sa cabine installée pour l’occasion et un portant avec tous les produits classés par typologies.

De l’extérieur cela ressemble plus à un tribunal ou la critique est ouverte qu’à une séance de travail…

Pour l’occasion nous avons une toute nouvelle mannequin cabine, elle est très jeune et manque d’expérience mais les vêtements tombent plutôt bien sur elle. Je me détends, on avance.

On commence par les chemises/ blouses. Notre mannequin enfile les modèles, les uns après les autres, la modéliste papillonne autour d’elle et corrige la hauteur d’un col par ci, redonne en carrure par là.

Mais soudain, je tique sur quelque chose. Les longueurs de manches. Tous nos modèles sont trop courts.

Je commence à faire des remarques, je ne comprends pas, vérifie les mesures que nous avons données… quand la responsable qualité me fait les gros yeux et essaie de me faire passer un message.

Là je comprends que notre mannequin à des bras très très longs (et oui ça arrive ) et que du coup tout est trop court… pfitt… je ronge mon frein fini par me taire et fais l’effort de ne pas raconter ma sale blague sur le fait que nous n’habillons pas encore les gibbons ( je sais c’est moche ! ).

1h30 plus tard on passe aux robes. Les choses (mise à part la longueur des manches) se passent plutôt bien, les produits tombent bien.

Nous pensons à rallonger les modèles un peu courts « parce que l’on peut toujours raccourcir en magasin mais on ne peut pas rallonger », remarque que je rabâche à mes chefs de produits chaque saison, j’ose même pas imaginer ce que l’équipe pense à ce moment précis.

On avance et là repatatra… cette fois ci la forme de la robe avec ces détails ne vont pas du tout avec le tissu choisi, ça gonfle de partout, les coutures gondoles. Bref, c’est tout sauf raffiné..

Un bras de fer s’en suit  entre la qualité et la styliste qui a dessiné la forme et choisi la matière, quant à moi je sors  ma carte «Arbitrage». La tension monte, personne ne veut lâcher… On tergiverse, on essaie de trouver des solutions techniques, mais rien n’y fait.

Soudain nous sommes sauvées, non par le gong, mais par la chef de produit en charge de cette famille qui s’engage à trouver une matière similaire (clin d’oeil à la  styliste ) et plus adaptée au modèle ( sourire à nos amies de la qualité)… c’est le second joker après l’arbitrage  » le compromis ».

Après toutes ces émotions, une pose déjeuner s’impose, émotions quand tu nous tiens…

Reprise en début d’après midi avec la revue des pantalons. C’est assez compliqué le pantalon car il faut satisfaire toutes les morphologies des plus pulpeuses au plus fines, des fesses rebondies aux fesses disons mois gourmandes ou plus tristes …

Bref c’est stratégique car nous souhaitons relancer les ventes de cette famille et avons poussé notre offre.

Nous commençons par les formes plus citadines, pantalons cigarettes, pantalons droits dans des matières plus formelles, bref nos modèles classiques. Nous ne sommes pas d’accord et encore une fois le choix des tissus est au centre de toutes les discussions.

Pour couronner le tout nous avons un mannequin plutôt « gourmande » du coté du popotin donc pas simple. Cette fois ci je  tranche en faveur des matières choisies.

Pour convaincre la qualité me voilà contraint d’essayer à mon tour les 38, et oui moi aussi j’ai de temps en temps mon heure de gloire…

De courte durée.

Il commence à être tard et nous décidons de remettre au lendemain les essayages des petites pièces (chez nous ce sont les pulls, gilets  et t-shirts ).

Demain sera un autre jour, comme on dit…